Marie Fayolle, étudiante en Master Marketing et sportive de haut niveau

Success-story

Étudiante en Master 2 Marketing Sport et Loisirs au sein de Montpellier Management, Marie Fayolle est aussi une sportive de haut niveau. Elle fait partie de l’équipe de France de Tir depuis 2008. Moments partagés avec ses camarades du Master 1, le temps d’une interview.

Peux-tu nous rappeler ton parcours sportif et universitaire ?

Marie Fayolle : « J’ai commencé le tir sportif à 8 ans et je suis rentrée dans l’Équipe de France en 2008. Et j’y suis toujours. En parallèle,  j’ai fait mes études : un BAC S puis des études à Clermont-Ferrand pour faire une licence en Géographie et environnement. Ensuite, j’ai demandé des masters, notamment sur le sport. Je n’ai fait que du sport, tout le temps, et j’ai même passé une formation pour devenir entraîneur, un DEJEPS pendant un an et demi où j’étais en alternance dans mon club. J’avais 25 ans, ils m’ont proposé un CDI, que j’ai refusé pour reprendre mes études et je suis donc venue à Montpellier, ici, pour faire du marketing. L’œnologie était ma deuxième passion, j’ai voulu faire un master dans le vin. C’est un projet de reconversion parce que je ne me voyais pas rester dans le tir sportif toute ma vie. Le jour où le haut niveau s’arrêtait je ne me voyais pas être qu’entraîneur des autres ».

Pourquoi avoir choisi le tir dès le début ?

« Oui c’est assez particulier. Le président du club où je suis, c’était mon oncle, donc on a tous essayé et pour moi ça a bien fonctionné donc j’y suis restée. Au début, c’était parce que ma famille en faisait aussi. »

En quoi consiste cette discipline ?

« C’est plus un sport individuel, mais on a aussi des compétitions par équipe comme championnats d’Europe ou du Monde. On fait chacun notre épreuve et ils additionnent nos résultats. Pour la prochaine Olympiade ils viennent de nous faire une nouvelle discipline, on est par équipe de deux, un garçon-une fille, on tire en même temps et on cumule nos points. Pour ce qui est individuel, on a des distances, donc beaucoup de disciplines différentes (carabine, pistolet…), moi je suis spécialisée en tir à la carabine, à 10m et à 50m. »

Qu’est-ce que tu peux nous dire sur la présence féminine dans ce sport ?

« Il n’y a pas beaucoup de filles, on doit être 10% de féminines au niveau français. En Équipe de France, c’est pareil. Dans mon club, la particularité c’est qu’on a 40% de féminine, dont 5 ou 6 filles en Équipe de France. »

La performance de Laurence Brize, la meilleure du club et sélectionnée aux JO, t’a-t-elle donné envie de pratiquer ?

« Oui, elle a été mon entraîneur dès mes 8 ans. Dès le début, elle m’a coachée. Elle a fait 4 fois les JO, on est du même club, du même lieu, nos parents habitent à 5km. On est devenues partenaires d’entraînement avec le temps, puis partenaires en Équipe de France. C’est en quelque sorte devenue ma meilleure amie, on est tout le temps ensemble. Un peu moins depuis que je suis à Montpellier, mais on s’est toujours entraînées ensemble. Mais au début c’était mon entraîneur. Petit à petit, elle est devenue ma camarade de tir. »

Comment se déroule une semaine type d’entraînement ?

« Quand je faisais du 100%, j’étais tous les jours à l’entraînement. J’attaquais parfois très tôt le matin, cela dépendait ce que l’on préparait. Actuellement beaucoup moins car j’ai repris les études, mais je m’entraîne différemment, je fais beaucoup de sport à côté. Nous le tir, c’est très axé « mental » plutôt que physique : c’est tout ce qu’il se passe dans la tête qui joue.  »

Avant une compétition, y-a-t-il un entraînement spécifique ?

« Non, généralement tu ne réinventes rien avant la compétition, car ce n’est pas là que l’on va trouver le déclic. Généralement, il s’agit plutôt d’affiner les petites choses, de se mettre en confiance. On affine les automatismes, on ne cherche pas à trouver quelque chose ni à tout changer car cela se fait lors d’autres périodes. Mais en termes de quantité, plus je vais vers la compétition plus je ralentis, pour que le jour de la compétition, j’ai vraiment l’envie d’y aller. »

Est-ce que c’est difficile d’allier études et sport de haut-niveau ?

« Ce qui est difficile, c’est que je dois avoir mon année… Je reprends des études, j’ai 27 ans maintenant, je n’ai pas envie de rater. Mais d’un autre côté, il faut que je rende des comptes à la Fédération, je suis en Équipe de France, subventionnée pour représenter la France. Il y a les entraîneurs derrière et pour eux, il faut qu’il y ait l’entraînement et l’investissement sinon ils ne nous sélectionnent pas. »

Comment t’entraînes-tu à Montpellier ?

« Il y a un club de tir à Montpellier, donc l’année dernière j’étais en double licence sportive, je pouvais m’entraîner avec le club de Montpellier. Mais alors qu’ils sont situés en plein centre ville, les créneaux horaires sont spécifiques et il ne peuvent pas ouvrir tout le temps à cause du bruit. Or, j’étais souvent en cours lors de ces créneaux. Ce que je fais, dans mon appartement, j’utilise le système « SCAT » petit appareil qui retranscrit sur un ordinateur tous nos mouvements, petite caméra. Donc dans mon appartement, je n’ai pas 10 mètres ni 50 mètres, je dois en avoir 4, alors je diminue la cible et je règle l’appareil pour faire comme si j’étais à 10m et je tire fictivement, ça retranscrit tout sur ordinateur, donc j’ai une trace de ce que je fais. Je m’entraîne pas mal de cette façon, et j’alterne 2 semaines de cours et 2 semaines de projets professionnels, je peux travailler à distance. Pendant les deux semaines, je remonte dans mon club et je peux donc m’entraîner bien plus. »

Est-ce que tu as déjà rencontré des moments durs ?

« Déjà en termes de performance, on a plus d’échecs que de bons résultats, mais les bons résultats compensent bien les échecs donc c’est toujours bien. J’ai fait toutes les compétitions possibles sauf les Jeux. Pour les JO de Rio, j’ai eu l’opportunité de gagner une place pour y aller mais à un ou deux points près, je loupais la place… Pour les Jeux, il y a une trentaine de sportifs pour notre discipline, et sur une coupe du monde on est 100, donc il y a beaucoup plus d’échecs. C’est vrai que quand tu te prépares pendant 4 ans, que tu ne penses qu’à ça, que tu fais tout en fonction de ça. Mai oui quand tu vois que tu n’y vas pas, c’est frustrant. »

Quel est au contraire le moment le plus marquant dans ta carrière ? Ton meilleur souvenir ?

« Toutes les grandes compétitions que j’ai pu faire. J’ai pu voyager grâce à ça… Un moment vraiment marquant : c’était lors des sélections pour les championnats d’Europe, les Jeux méditerranéens et une Coupe du Monde, vraiment beaucoup d’enjeux. Il n’y avait que des Français, on avait plusieurs matches et lors de mon premier, j’ai fait une contre-performance, je n’étais vraiment pas bien. Le lendemain, j’atteins mon record et je passe devant tout le monde. J’ai été sélectionnée. C’est dans des moments comme ça, avec de gros doutes, où on se dit qu’on n’aura rien et que finalement, le lendemain, tout change. Ce sont de bons moments parce que tu te dis que rien n’est fini, que tu peux revenir. Je n’ai rien gagné, juste la sélection, mais pour moi cela a été le meilleur moment. J’étais à côté de Laurence Brize, elle était derrière moi… malgré le côté individuel et le fait que l’on soit concurrentes, elle voyait mes résultats en direct et elle me poussait à fond pour que je gagne. C’est vraiment mon meilleur souvenir. »

Propos recueillis par les étudiants en Master 2 Marketing du Sport et des Loisirs, promotion 2017-2018


22 novembre 2017 : Moma-COM