Florence Guiliani, prix thèse 2017 : « Le sommeil, une ressource clefs pour les dirigeants de PME »

Prix Thèse

Florence Guiliani, docteure de 29 ans au sein de Montpellier Management, a reçu le prix de la meilleure thèse en management cette année pour " La vigilance entrepreneuriale : les antécédents liés au sommeil du dirigeant de PME ". Ses recherches, menées depuis 2011, montrent que le sommeil n’est pas qu’une question de bien être, mais relève d’un véritable enjeu entrepreneurial. Interview.

Docteure au sein de l’unité de recherche MRM (Montpellier Recherche Management) du laboratoire d’excellence Labex Entreprendre, elle nous explique le choix de son sujet de recherche et les enjeux qu’il porte. Elle nous livre également ses conseils pour les actuels et futurs doctorants.

« La vigilance entrepreneuriale et le sommeil des dirigeants de PME… Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

En amont, c’était la volonté du Pr. Olivier Torrès de s’intéresser à la santé au travail des dirigeants de PME. C’est dans cet axe de recherche que la question du sommeil a émergé et que j’ai affiné en y intégrant les concepts de vigilance entrepreneuriale et de cognition. Par ailleurs j’étais fière de mener ce travail doctoral au sein du Labex Entreprendre connu pour son excellence académique et ces études de pointe en Entrepreneuriat et PME.

La santé des dirigeants de PME est un terrain peu étudié, les études sur cette question se comptaient alors sur les doigts d’une main, sachant que les PME représentent plus de 90% du tissu économique.

La santé, c’est le capital immatériel de l’entreprise. La question du sommeil a émergé lorsque nous avons commencé à s’y intéresser. En effet, nous avons constaté que les dirigeants avaient une prévalence à la privation de sommeil, qu’ils dormaient moins que les autres. Dans nos recherches, nous avons pu voir que le sommeil avait un impact sur la capacité des dirigeants de PME à saisir les opportunités d’affaires.

Dans les résultats que vous avez obtenu, quelles informations vous ont particulièrement interpellé ?

Il y a deux choses marquantes : la fatigue, plus que la somnolence, a des effets sur la vigilance entrepreneuriale des dirigeants de PME. Elle diminue leur faculté de concentration, avec un effet délétère sur leur capacité à saisir les opportunités d’affaires. Il y a donc un lien indirect. La concentration est une ressource très importante pour la capacité entrepreneuriale des dirigeants. Il y a donc un intérêt concurrentiel pour les dirigeants de PME  à être plus vigilant sur cette question.

On avait l’habitude d’entendre dire que le dirigeant dormait moins pour travailler plus, et considérer le sommeil comme une variable d’ajustement. Nous avons pu voir que le sommeil, s’il est dégradé, a une influence sur les capacités des dirigeants à saisir des opportunités d’affaires, et donc faire face à la concurrence.

Quelles applications pouvez-vous donner à vos recherches auprès des dirigeants de PME ?

Je fais beaucoup de conférences en France à destination de différents publics : travailleurs indépendants, assureurs, fédérations patronales, entrepreneurs… En France, le sommeil est encore perçu par les dirigeants d’entreprises comme n’étant lié qu’au bien-être. Pourtant, il s’agit bien d’une ressource clefs pour les entrepreneurs et dirigeants, puisqu’elle influe directement sur leurs capacités cognitives. Au-delà de l’aspect psychologique, il y a donc un enjeu économique.

J’ai participé à l’élaboration d’un MOOC spécialisé sur la santé des dirigeants de PME, pour lequel je m’occupe de la partie sommeil. C’est un travail de vulgarisation auprès des dirigeants ou étudiants en entrepreneuriat.

Le Pr. Dauvilliers, neurologue au sein de l’Unité des troubles du sommeil et de l’éveil du CHU de Montpellier, m’a aidé à aller plus loin dans mes recherches sur les effets du sommeil et les méthodologies appliquées dans son domaine.

Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui préparent actuellement leur thèse ?

J’en donnerais deux : D’abord, se concentrer sur le fond et être très attentif aux conseils donnés. Grâce au laboratoire de recherche MRM, j’en ai reçu des très bienveillants. Il ne faut pas les rejeter, que ce soit en laboratoire ou lors de congrès nationaux et internationaux, en France ou à l’étranger. Il ne faut pas hésiter à communiquer sur son travail, à prendre en compte les conseils… pas tous, mais ceux qui sont pertinents. Il faut savoir les écouter, mais aussi défendre son travail.

Je conseillerais également d’être très attentif à la forme. Dans un travail de thèse, c’est important d’avoir de bonnes idées, des idées nouvelles, mais il ne faut pas négliger les codes de ce travail. Nous avons parfois envie d’écrire comme bon nous semble, pourtant il y a une rigueur propre au travail et à la rédaction de thèse. Je crois que d’avoir respecté ces codes a joué en ma faveur pour l’obtention du prix thèse… que ce soit dans la méthodologie ou l’utilisation de certains outils comme les statistiques. Même si dans un premier temps, on ne les maitrise pas tout à fait, il faut savoir prendre des risques, et se former pour pouvoir s’en saisir.

 » La vigilance entrepreneuriale : les antécédents liés au sommeil du dirigeant de PME  » accessible en ligne

Propos recueillis par Célia Coudret
Crédit photo Jean Lecourieux-Bory

13 juillet 2017 : Moma-COM